Archives pour la catégorie ‘Général

Bye-bye boss

- 15 mai 2012

C’est un détail, direz-vous, dans cette saga qui déchire le Québec. Mais c’est un détail que se fait un devoir de souligner, puisque c’est son travail, la Ligue des contribuables du Québec.

L’ex-ministre de l’Éducation Line Beauchamp recevra, même si elle a démissionné, une indemnité estimée à 150 000 $. Pour l’aider dans sa « transition ». Ces indemnités de départ — même quand un député décide lui-même de quitter avant la fin de son mandat, répétons-le — sont désormais chose courante. Sauf que leur montant est confidentiel. La Ligue doit calculer elle-même cette indemnité.

Évidemment, je ne vous apprends rien en disant que les travailleurs qui quittent volontairement leur emploi n’ont pas droit à l’assurance chômage. Et quelque chose me dit — mon petit doigt, tiens — que la « transition » d’un chômeur ordinaire peut parfois être plus difficile que celle d’un haut placé du Parti libéral.

Mais trêve de cynisme. Plusieurs s’accordent pour dire que Mme Beauchamp ne l’a pas eu facile. Mérite-t-elle cette prime de départ? Je vous laisse juger.

En fait, ce qui tique, ce n’est pas l’indemnité de Mme Beauchamp en soi. C’est plutôt que, comme le souligne la Ligue, c’est la neuvième élue à démissionner depuis la dernière élection générale, soit depuis trois ans et demi. Ces départs coûtent de l’argent aux contribuables. Car en plus des indemnités à verser, il faut remplacer le député. Et chaque élection partielle coûte près de 600 000 $ aux Québécois. « Concrètement, la facture pour remplacer les neuf démissionnaires attendra donc 6,61 millions $ », écrit la Ligue dans un communiqué.

Et ce qui tique encore plus, c’est quand on apprend que Tony Tomassi, un autre député démissionnaire, recevra une indemnité de départ de 122 000 $, selon la Ligue. Le cas de M. Tomassi apparaît, disons, inconvenant. Non pas à cause de ses histoires de cartes de crédit, de garderies et des accusations contre lui, mais à cause de son absentéisme depuis deux ans. « Il est déjà troublant qu’il ait reçu son salaire même s’il ne s’est presque jamais présenté à l’Assemblée nationale depuis son expulsion du caucus libéral, en mai 2010 », écrit Claire Joly, directrice générale de la Ligue. Le député caquiste Éric Caire a d’ailleurs réclamé une enquête du commissaire à l’éthique en raison des absences prolongées de M. Tomassi au Salon bleu.

La Ligue espère que M. Tomassi remboursera, d’une façon ou d’une autre, son indemnité de départ et son salaire des deux dernières années. « Il en va de la confiance des citoyens envers la classe politique. » Bonne chance avec ça.

Revenons à Mme Beauchamp. Elle a le droit de démissionner. C’est son choix et tous doivent le respecter. Mais comme l’écrit Mme Joly, si l’on juge que nos politiciens ne sont pas assez payés vu leurs responsabilités, on devrait faire ce débat. Plutôt que de tolérer l’existence de primes à la démission dont les montants sont gardés loin des yeux du public.

Oui, il y a des choses plus urgentes à régler en ce moment. Et les primes de départ de politiciens qui démissionnent sont une goutte d’eau dans l’océan de nos dépenses. Mais en cette ère où chacun doit faire sa « juste part », il faudra se pencher sur cette question un jour ou l’autre.

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Le test

- 13 mai 2012

Pensez-vous qu’il y a un lien entre la crise que l’on vit au Québec, l’endettement des ménages, la crise européenne, votre carte de crédit et Al Pacino?

Je crois que oui. Que tout est relié, à divers degrés.

J’ai vu ce débat, l’autre jour. À l’émission française Les Experts. À propos du nouveau président français, qui veut miser sur la « croissance » au lieu de l’« austérité » (soit des hausses de taxes et des réductions de dépenses — quoique minimes en France jusqu’ici).

Un des invités, Olivier Berruyer, a frappé le clou sur la tête, comme on dit en bon français. « Que l’austérité à l’allemande, à l’italienne, à l’espagnole, à la grecque ou à l’anglaise ne marche pas, ce n’est pas une grande surprise. Ça fait une vingtaine d’années qu’on vit à crédit. Qu’on achète de la croissance fictive à crédit, en s’endettant. C’est bien évident qu’au moment où on va couper la dette, on coupe immédiatement la croissance. »

Bingo.

On peut invoquer la déesse « croissance » tant que l’on veut, comme dit Berruyer. Mais il faudrait peut-être se faire à l’idée qu’elle ne viendra pas. Ou du moins, qu’elle sera plus faible. Dans plusieurs pays développées, les États et les individus atteignent de plus en plus leur limite d’endettement. Et sans la « dope » du crédit, demain risque d’être un monde un peu plus raisonnable, un peu plus austère. Où l’on pourrait vivre — horreur! — selon nos moyens.

Ce qui se passe en Europe, au Québec ou aux États-Unis comporte des similitudes. C’est la surconsommation — de nous et de nos gouvernements — qui tire à sa fin. On a trop consommé hier, on devra moins consommer demain. Que vous soyez de gauche ou de droite ne change rien à cette réalité mathématique.

Ça veut dire que plusieurs de nos « acquis » risquent de se faire malmener, qu’on le veuille ou non. Et ça va mettre en rogne bien des gens. En France on sort dans la rue. En Grèce et en Espagne, on lance des roches aux policiers. Ici aussi.

Et ça ne fait que commencer.

On va quand même s’en sortir. On en a vu d’autres. Un ménage à faire, une ardoise à régler, et on repart. Le capitalisme — enfin, ce qu’il en reste — finit toujours par rebondir. Ne jamais sous-estimer la créativité et la capacité d’innovation des humains.

Mais ça aiderait si on pouvait prendre conscience que pendant plusieurs années, on risque de faire du surplace. De payer la facture du party des vingt dernières années. Cette perspective de long terme, cette toile de fond, elle manque dans nos débats de société en ce moment. Si on est incapable d’inclure cette réalité dans nos revendications, si nos dirigeants continuent de croire naïvement que la « croissance » va nous sauver, on risque de prendre les mauvaises décisions.

Peut-être que je me trompe. Que je suis complètement dans le champ. Mais j’en doute.

La dette, la faible croissance économique, les promesses de services publics de plus en plus intenables à cause du vieillissement de la population… Tout ça va forcer un réajustement de l’État-providence, dont on expérimente aujourd’hui à peine les premiers soubresauts. Et quand je vois ce qui se passe dans la rue, je me dis que nous ne sommes peut-être pas prêts, collectivement, à affronter ça.

Est-ce que ce sera un pour tous et tous pour un? Ou chaque groupe d’intérêt pour lui-même, et tous contre le contribuable?

Al Pacino là-dedans? Il était entraîneur de football dans un film. Dans lequel il a livré un superbe discours. Quelques mots de ce discours me reviennent aujourd’hui.

« Soit nous guérissons, maintenant, en équipe. Soit nous mourrons tous, en tant qu’individus. Centimètre par centimètre, jeu par jeu, jusqu’à la fin. » 

J’ai l’impression qu’un grand test s’en vient.

 

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Petit film pour le week-end

- 12 mai 2012

Quoi de plus romantique et excitant, un samedi soir avec votre tendre moitié, que d’écouter un débat sur l’économie de la crise européenne?

Un débat lumineux sur BFM Business, à propos des tenants et aboutissants de la crise, et des solutions possibles. Tout ça sur fond d’élection française. À écouter du début jusqu’à la fin.

(Le vrai fun commence à la 7ème minute, avec l’intervention d’Olivier Berruyer.)

***

AJOUT : La portion « solutions possibles » du débat, ou si vous voulez, « qui va payer? », est aussi fort intéressante. À partir de 22:30.  

 

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Êtes-vous en burnout du crédit?

- 10 mai 2012

Commençons-nous à « slaquer » sur la carte de crédit? Votre voisin a-t-il abandonné l’idée de s’acheter un château avec garage double, pour se rabattre sur un joli cottage, plus abordable?

Avons-nous enfin écouté les avertissements de Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, qui nous répète depuis des mois dans les médias qu’il faut cesser de s’endetter comme si demain n’existait pas?

Si c’est le cas, applaudissons notre retour sur terre.

Benjamin Tal, lui, pense que oui. L’économiste de la CIBC a publié un rapport dans lequel il explique qu’une « fatigue du crédit » commence à s’abattre sur le Canada.

Le crédit à la consommation a augmenté de seulement 2,3 % depuis un an. Il a même diminué en mars par rapport au mois précédent. C’est le rythme le plus faible depuis les années 1990. Tout ça, rappelons-le, avec des taux d’intérêt qui demeurent historiquement bas.

Le marché hypothécaire aussi ralentit. Le solde des prêts hypothécaires a augmenté de 6,3 % annuellement. Oui, ça demeure élevé. Mais c’est un rythme plus faible que la moyenne des deux dernières années (7,3 %). Et par rapport au mois dernier, l’augmentation est de 0,5 %. La plus faible depuis 2001, souligne Tal, qui n’hésite pas à donner une part du crédit à Mark Carney et à la Banque du Canada pour avoir martelé leur message de prudence.

Il était temps

Un passage de l’étude m’a fait sursauter. Imaginez : pour la première fois depuis 2002, le crédit à la consommation au Canada augmente plus lentement qu’aux États-Unis.

Attendez… la première fois depuis 2002? Nous, Canadiens, avons été encore plus accrocs au crédit que nos voisins Américains depuis tout ce temps?

Oui. Contrairement à la perception populaire, nous dit l’économiste, le crédit à la consommation au Canada a augmenté deux fois plus vite qu’aux États-Unis durant la dernière décennie. Suite à la crise, alors que ce recours au crédit ralentissait aux États-Unis et sombrait même en territoire négatif, il continuait d’augmenter au Canada. Et même à accélérer! Aujourd’hui, les rôles s’inversent. La consommation à crédit augmente chez nos voisins du sud, et ralentit au Canada.

L’immobilier inquiète

Benjamin Tal est catégorique sur le marché immobilier. « Il n’y a pas de débat sur le fait que le marché immobilier surchauffe en ce moment. La seule question est : de quelle nature sera l’ajustement? Nous sommes à un tournant dans le marché immobilier [...] La CIBC continue à prévoir un ralentissement graduel du marché, avec une chute potentielle des prix de 10 % d’ici un ou deux ans. » Les gens réalisent de plus en plus, illustre Tal, que le marché immobilier est « en neuvième manche ».

Mettez tout ça ensemble, et ça commence à être difficile de ne pas s’attendre à un ralentissement économique dans les années qui viennent. Du moins si on voit toujours le consommateur comme moteur de la croissance. Avec le crédit à la consommation qui ralentit, le marché immobilier qui se stabilise et qui pourrait perdre de la valeur, les consommateurs canadiens perdent les deux piliers principaux qui ont soutenu leur économie pendant la crise, écrit Tal.

Je demeure convaincu que les implications de ce « serrage de ceinture » collectif, bien que nécessaire, sont plus grandes que l’on pense. Et que nos politiciens, qui misent grandement sur la croissance économique pour équilibrer leurs budgets, n’en sont pas tout à fait conscients.

 

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Le miroir déformant

- 9 mai 2012

L’an dernier, le sondage annuel de la Fondation de l’entrepreneurship nous apprenait que les Québécois sont moins sujets à se lancer en affaires que les autres Canadiens. Toute proportion gardée, ils sont moins propriétaires, moins enclins à l’être, et moins susceptibles de faire des démarches en ce sens.

L’exercice a été répété cette année. Et il semble que le dynamisme entrepreneurial progresse au Québec. On assiste aussi à un certain rattrapage vis-à-vis le reste du Canada, concernant le « futur entrepreneurial ».

Mais les écarts demeurent importants. Par exemple, 10,2 % des adultes québécois sont propriétaires d’une entreprise, contre 17,5 % dans le reste du Canada (on note par ailleurs une forte augmentation de femmes propriétaires d’une entreprise au Québec). Pour ce qui est des intentions de se lancer en affaires, 8 % au Québec, contre 11,8 % dans le ROC. Et du côté des démarches pour y arriver, c’est 6,3 % contre 8,5 %.

C’est pas moi, c’est les autres!

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce sondage, c’est l’aspect « culturel » qui y est discuté. Et qui pourrait, en partie, expliquer ces écarts.

L’an dernier, le sondage nous avait appris (ou confirmé, c’est selon) que les Québécois sont moins à l’aise avec les concepts d’ambition, de richesse et de risque que leurs voisins du reste du Canada. Cette année, la fondation a mesuré la perception des Québécois face à l’entrepreneuriat sous deux angles : la perception individuelle des entrepreneurs, mais aussi leur perception de ce que les autres Québécois pensent de l’entrepreneur et de l’entrepreneuriat. En se basant, entre autres, sur ce qu’ils entendent dans les médias et dans la société en général.

À une exception près, notent les auteurs, les répondants perçoivent plus positivement l’entrepreneur et l’entrepreneuriat que les Québécois en général (enfin, ce qu’ils pensent être la perception des Québécois).

Trois énoncés, entre autres, me laissent songeur. Sur une base individuelle, 89,1 % des Québécois croient qu’il est possible de s’enrichir de façon juste et équitable en étant en affaires. Mais ils croient que seulement 60,1 % de leurs concitoyens partagent ce constat.

Aussi, 69,4 % des gens estiment que les entrepreneurs sont généralement honnêtes, mais pensent que ce sentiment est partagé par seulement 41,8 % des leurs.

Quant à savoir si l’enrichissement personnel d’un entrepreneur est « sain », presque 80 % des sondés disent oui, mais croient que seulement 53,6 % des Québécois pensent la même chose.

Société distincte

Ça vaut ce que ça vaut, comme on dit. Mais le sondage souligne l’absence de tels écarts — entre la perception individuelle et collective de ces indicateurs — dans la population du reste du Canada. La dichotomie entre la perception individuelle et l’opinion publique, notent les auteurs, « est une problématique significativement plus importante au sein de la population québécoise. » Pourquoi? Bonne question.

Le dynamisme entrepreneurial québécois effectue en ce moment un léger rattrapage face au reste du Canada. Mais comme les auteurs soulignent, la culture entrepreneuriale influe sur les intentions d’entreprendre. Donc cela aiderait sûrement si la perception collective du monde affaires et de la richesse en général, telle que véhiculée dans les médias et la société en général (pour utiliser les termes du sondage), rattrapait notre perception individuelle.

Comment y arriver? Je n’ai pas la réponse. Mais disons que les histoires de corruption, de bandits à cravates et de PDG qui quittent le navire coulant avec le gros lot, qui font souvent les manchettes, ne doivent certainement pas aider.

 

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Dans l’Å“il du cyclone

- 3 mai 2012

SNC Lavalin, première firme de génie-conseil au Canada et « fleuron » québécois, traverse l’une des plus fortes tempêtes de son histoire. 

Les histoires de pots-de-vin dans des pays africains, ça paraissait mal pour cette entreprise, qui emploie quelque 6000 personnes dans la province. Mais avec l’arrestation récente de Riadh Ben Aïssa, ancien haut dirigeant responsable de la division Construction, ça commence à faire dur.

Pourtant, ça ne sent pas la panique. Loin de là. Les pattes du canard se font peut-être aller fort sous l’eau, mais en surface ça ressemble presque au business as usual.

Commençons par les investisseurs de SNC. Les plus gros, comme la Caisse de dépôt ou Jarislowsky Fraser, ont bien souligné leurs inquiétudes et leur mécontentement. Ils ont aussi appelé l’entreprise à être plus transparente, et critiqué le conseil d’administration pour avoir « dormi sur la switch ». Mais jeudi à l’assemblée annuelle, l’ensemble des administrateurs de l’entreprise a tout de même été réélu.

Même si les deux situations diffèrent, Nick Van Praet du Financial Post mettait récemment en parallèle le fait que des fonds de pension new-yorkais menacent, eux, de voter contre la réélection de cinq administrateurs de Wal-Mart, suite aux allégations de corruption au Mexique.

Et le moral des employés demeure bon, semble-t-il. Du moins si on de fie aux propos de la direction lors de la conférence téléphonique, jeudi. L’entreprise fait ce qu’il faut pour transmettre le plus d’informations à ses employés, et n’a « pas beaucoup d’inquiétude à ce sujet ».

Quant aux clients de SNC, certains sont évidemment inquiets des révélations. Mais selon Ian Bourne, PDG par intérim, il n’y a eu aucune annulation de projet d’envergure. En fait, les commandes du mois de mars ont été fortes, et l’entreprise signe en ce moment des nouveaux contrats. Mardi dernier, SNC a notamment remporté un contrat estimé à 1,6 milliard en Alberta.

Notons toutefois que la Banque mondiale a récemment suspendu, temporairement, le droit d’une filiale de SNC de déposer des appels d’offres pour ses projets.

Le marché, lui, punit SNC depuis quelques mois. L’action a perdu beaucoup de sa valeur depuis un an. Mais ces derniers temps, elle demeure relativement stable au gré des révélations. Je dis bien relativement.

De grandes zones d’ombre planent dans cette histoire. Et beaucoup de questions demeurent sans réponse. Les enquêtes révéleront peut-être d’autres éléments troublants pour SNC. Mais comme le soulignait l’analyste Maxim Sytchev sur la chaîne BNN, la seule question qui compte en ce moment, du moins pour les investisseurs, c’est celle-ci : l’entreprise sera-t-elle capable de remporter des nouveaux contrats dans le futur, que ce soit avec d’autres entreprises ou avec des gouvernements?

Jusqu’ici, la perception semble être que oui.

 

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A-t-on sauvé les banques?

- 2 mai 2012

Le mythe des super banques canadiennes vient d’en prendre un coup. Nos grandes banques ont eu besoin de notre aide pendant la crise financière, et pas à peu près.

C’est David Macdonald, du Centre canadien de politiques alternatives, qui a déterré les chiffres. Enfin, il a fait une estimation. C’est tout ce qu’il a pu faire, car la Banque du Canada n’est pas très transparente dans ce dossier, semble-t-il.

Depuis 2008, les six grandes banques ont reçu une aide totale de 114 milliards $. Des prêts à court terme de la Banque du Canada, de la Réserve fédérale des États-Unis, ainsi que des rachats de titres hypothécaires par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). En proportion, ça ressemble beaucoup à l’aide qu’ont reçue les banques américaines de leur gouvernement au plus fort de la crise. Sauf qu’ici, les médias en ont très peu parlé.

Oups!

À première vue, ça semble embarrassant pour le ministre des Finances Jim Flaherty et le premier ministre Harper. Ces deux-là ne se sont pas gênés, depuis le début de la crise, pour vanter la « solidité » de nos banques. « Nous avons les seules banques dans le monde occidental qui n’ont pas besoin de bailout (sauvetage avec l’argent public) ou de quoi que ce soit du genre », avait dit Stephen Harper sur les ondes d’une chaîne américaine en 2009.

Mais attention. L’association des banquiers canadiens s’est empressée de préciser que ce n’était pas un bailout, mais bien un « soutien à la liquidité ». Pendant la panique, le crédit se faisait rare sur les marchés. Pour s’assurer que les banques puissent continuer à se financer et à prêter aux consommateurs, l’État, avec l’aide de la SCHL et de la Banque centrale, est intervenu. D’ailleurs les banques ont, à ce jour, remboursé tous ces prêts. Et si le but était de maintenir en santé le marché immobilier, on peut dire que l’opération a fonctionné. D’ailleurs peu de temps après le renflouement de liquidités par la SCHL, les taux d’intérêt hypothécaires diminuaient.

N’empêche que la CIBC, la BMO et la Banque Scotia ont eu besoin de financement qui égalait ou surpassait leur valeur en bourse. Sans cette aide gigantesque, est-ce que leur problème de « liquidité » en serait devenu un de « solvabilité »? Si la réponse est oui, appelons ça un bailout. Mais on ne le saura probablement jamais.

Trop gros pour tomber

De toute façon, rien de tout ça ne devrait nous surprendre. L’oligopole bancaire canadien est too big to fail, comme disent les Américains. Et au moindre problème, le gouvernement sera là pour l’aider.

Dans son étude, Macdonald cite le PDG de la Banque TD, Edmund Clark, lors d’une conférence en 2009. Ce dernier déclarait à des investisseurs : bien que cette garantie du gouvernement ne soit pas explicite, « quelles sont les chances que la TD ne soit pas sauvée si elle faisait quelque chose de stupide? » Cinq jours plus tard, un haut placé du gouvernement canadien tapait sur les doigts de M. Clark, affirmant qu’il était faux de croire une telle chose.

Cette chose s’appelle un aléa moral. Pile je gagne, face les contribuables perdent. Sachant que le gouvernement est là pour corriger nos erreurs, c’est tentant de prendre plus de risques. Mais rassurez-vous. On dit que les banques canadiennes sont bien gérées et ne prennent pas le genre de risques que les banques américaines ont pris.

Gardons-nous quand même un brin de scepticisme. Après tout, plusieurs croyaient aussi que les banques canadiennes n’avaient pas eu besoin d’aide pendant la crise…

 

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Au club des 100 000 $

- 30 avril 2012

On parle beaucoup de croissance des inégalités dans nos sociétés. Je ne mets pas en doute cette réalité, issue de plusieurs facteurs et source de bien des débats. Mais il existe un endroit, moins soupçonné, où cette réalité semble aussi se pointer aussi le museau.

Le Financial Post rapportait récemment qu’en Ontario, le nombre d’employés publics qui gagne 100 000 $ et plus par année a grimpé de 7500 l’an dernier. Il atteint aujourd’hui 79 000. Ces membres de la Sunshine list, comme on les appelle là-bas, coûtent aux contribuables ontariens 7,9 milliards $ par année. Cela inclut patrons de société d’État, cadres de toute sorte, recteurs, chefs de police, gouverneur général…

Faut dire que là-bas, le salaire moyen est plus élevé qu’ici, à environ 60 000 $. J’imagine que ça rend la chose plus justifiée…

Plus près d’ici, la chaîne Global nous apprenait en septembre dernier que le nombre d’employés de la Ville de Montréal gagnant 100 000 $ et plus a triplé entre 2009 et 2010. Triplé! Quelque 1700 employés, la plupart des cadres supérieurs, font désormais partie du « club des 100 000 $ et plus ». Ils étaient 626 l’année d’avant. Pendant que dans la métropole aux 103 élus, votre compte de taxes foncières continue de grimper.

Est-ce que ça compte, ça aussi, dans la croissance des inégalités?

Rappelons que les 100 000 $ et plus forment seulement 4,1 % des contribuables au Québec, selon la dernière parution des statistiques fiscales des particuliers. Ce sont, en quelque sorte, nos « riches ».

Ce n’est pas fini. L’an dernier, on apprenait que 2795 fonctionnaires à Québec gagnent 100 000 $ et plus. Plus du double par rapport à 2005! Et six fois plus qu’en 2001, rapportait La Presse. Et ces chiffres ne tiennent pas compte des organismes et sociétés d’État comme Radio-Canada, Hydro, la SAQ ou la société de transport de Montréal (STM).

Plusieurs emplois au gouvernement peuvent justifier un tel salaire. La question, c’est de savoir s’il doit y en avoir autant.

Il y a aussi la question des régimes de retraite d’employeur, dont sont privés le deux-tiers des Québécois. Ceux-ci devront se fier à la RRQ pour leurs vieux jours. Mais ils devront tout de même contribuer à renflouer les régimes municipaux et provinciaux (à prestations garanties) si ceux-ci sont déficitaires — comme c’est le cas en ce moment avec les régimes de Montréal et de Québec.

Et bien sûr, il y a les milliards $ en subventions aux multinationales, les tours de passe-passe comptable légaux, la corruption, et tous les autres transferts-du-citoyen-de-classe-moyenne-vers-le-riche dont on ignore l’existence.

De par son rôle de redistributeur de richesse, l’État contribue à réduire les inégalités en aidant les moins nantis. C’est encore plus vrai au Québec, et c’est une très bonne chose. Mais dans certains cas (de plus en plus?), on a l’impression que l’État redistribue la richesse… à l’envers.

 

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Le plein québécois, svp

- 29 avril 2012

À voir les manifestations dans les rues de Montréal, une chose m’apparaît claire : le Québec doit trouver des nouvelles sources de revenus, et vite. Parce que les étudiants, ce n’est qu’un début. Des choix budgétaires beaucoup plus importants nous attendent dans le détour.

Petit rappel : le Conference Board nous a mis en garde il y a deux ans. La faible croissance démographique et le vieillissement accéléré de notre population vont faire exploser les dépenses en santé. Si rien ne bouge, le déficit annuel de la province va exploser, pour atteindre 45 milliards $ en 2030, écrivait l’économiste Mario Lefebvre. Un rapport balayé du revers de la main par notre ministre des Finances, qui disait à l’époque que le rapport « ne prend pas en compte l’ensemble des choix courageux (sic) effectués par le gouvernement dans le dernier budget. » On peut critiquer le rapport, mais reste que la facture va augmenter avec le temps. Et si on ne réduit pas les dépenses, il faudra augmenter les revenus.

Or, notre sous-sol regorge de ressources naturelles. Dont l’exploitation pourrait donner un sérieux coup de pouce aux finances publiques — que ce soit pour financer les soins de santé, les garderies, les routes ou les universités. Et voilà qu’on apprend que deux sociétés québécoises, Pétrolia et Junex, s’apprêtent à faire décoller la production de pétrole au Québec. Plus précisément, en Gaspésie.

Des milliards de barils

J’ai parlé vendredi avec André Proulx, le PDG de Pétrolia. Il croit, éventuellement, pouvoir faire gicler huit millions de barils de ses puits, sur le site près de Gaspé. « Il va y avoir des retombées énormes pour la Gaspésie, et des emplois payants », dit-il.

Pétrolia acheminera probablement ce pétrole à la raffinerie d’Ultramar, à Lévis. Qui dessert une bonne partie de la province. Indirectement, l’essence que vous mettrez dans votre voiture proviendra en partie du pétrole de ses puits. D’après M. Proulx, les automobilistes pourraient faire un « plein québécois » complet, d’ici 6-7 ans.

Mais c’est surtout l’île d’Anticosti qui excite l’industrie. « C’est vraiment spectaculaire. Il y a 32 milliards de barils pétrole en place dans cette zone », dit le PDG. Pétrolia espère pouvoir exploiter au moins 5 % de la ressource. Ce qui équivaudrait tout de même à des centaines de milliards en revenus potentiels — et des recettes fiscales énormes pour le gouvernement. Surtout qu’Investissement Québec détient près de 13 % de Pétrolia, suite à des investissements récents.

C’est possible?

Évidemment, des risques environnementaux existent. De là les moratoires. Entre autres concernant l’exploitation maritime dans le golfe Saint-Laurent, et la fracturation hydraulique des roches pour libérer du gaz ou du pétrole. Mais les puits terrestres en forages conventionnels, eux, ont le feu vert.

La production de Pétrolia et Junex, même si on ne doit pas s’attendre à un eldorado pétrolier, pourrait donner un sérieux coup de pouce à une région qui en a bien besoin. Et à une province qui cherche désespérément de nouveaux revenus.

Terre-Neuve recevait des paiements de péréquation depuis des décennies. Aujourd’hui, c’est elle qui en paye aux autres provinces. Ses revenus ont augmenté, en grande partie grâce à ses gisements pétroliers, dont celui d’Hibernia. Évidemment, les Terre-Neuviens sont moins nombreux que nous. Les revenus que nous tirerons de nos ressources n’auront pas un impact aussi grand. Mais quand même.

Exploiter nos ressources pour mieux financer une social-démocratie qui craque. Pas en cow-boys, mais de façon responsable. En respectant les gens, la nature et la réglementation. Il me semble que c’est possible, non?

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Scandale au Wal-Mart

- 26 avril 2012

Des dirigeants de Wal-Mart au Mexique auraient versé des millions en pots-de-vin à des bureaucrates mexicains. Pour obtenir des faveurs, notamment des permis de bâtir, afin d’accélérer la construction de magasins.

Le NY Times, qui a déterré l’histoire, parle de 24 millions de dollars, au milieu des années 2000. Wal-Mart aurait aussi versé des millions $ en dons politiques.

Mon ami imaginaire, cynique, me demande : doit-on crier au scandale?

Oui, car la haute direction a tenté d’étouffer l’affaire. Alors qu’il s’agit de pratiques illégales, aux États-Unis comme au Mexique.

La corruption légale

Mais mettons de côté la tentative de camouflage, et parlons de la corruption au sens large. Je me pose une question. La même que se posait hier Timothy Carney, sur son blogue du Washington Examiner (traduction libre) :

« Qu’est-ce qui est pire? Que des dirigeants de Wal-Mart aient versé des pots-de-vin à des fonctionnaires mexicains pour obtenir des faveurs? Ou qu’en Amérique, la situation ne diffère qu’à un certain degré — Wal-Mart qui embauche des lobbyistes possédant des contacts au gouvernement, et qui contribue à la caisse de politiciens locaux afin de pouvoir ouvrir des magasins et obtenir des faveurs? »

J’ai jeté un coup d’Å“il hier sur le site du Center for responsive politics, qui recense les contributions politiques des entreprises à Washington. Wal-Mart a contribué à la caisse de plus de 200 élus (démocrates ou républicains) depuis 2008. Deux cents! En 2011 seulement, la multinationale a dépensé près de 8 millions $ en lobbying juste aux États-Unis. C’est le triple du montant de 2006! C’est dire à quel point l’argent prend une place grandissante dans le système politique américain. Et toujours en 2011, Wal-Mart a embauché, tenez-vous bien, 102 lobbyistes!

Pour finir, Wal-Mart compte 83 employés « portes tournantes », comme les appelle le Center for responsive politics. Il s’agit d’anciens employés de l’État, qui traverse la rue pour travailler comme lobbyistes, consultants ou « stratégistes » pour des grandes firmes (il en existe aussi beaucoup au Québec et au Canada).

C’est malheureusement le modus operandi d’un tas d’entreprises aux États-Unis. Que ce soit Wal-Mart, General Electric, ou des grandes banques.

Ce n’est pas un peu scandaleux, ça aussi? Qui oserait croire que tout cet argent et ces contacts — que les petites entreprises peuvent difficilement se payer — n’influencent pas les décisions des politiciens? Est-ce si différent de ce qui s’est passé au Mexique? Un système est légal, l’autre pas…

Un jeu pourri

Facile de blâmer Wal-Mart. Et je ne les défends pas ici. Une certaine controverse entoure son expansion au sud des États-Unis — Wal-Mart emploie déjà 209 000 personnes au Mexique. Allégations de passe-passe comptable pour éviter de payer des impôts aux gouvernements locaux, de non-respect des lois du travail, salaires de misère, etc.

Mais quand on parle de pots-de-vin, je me pose la question : qui blâmer? L’entrepreneur, ou le système pourri dans lequel il doit essayer de tirer son épingle du jeu?

Ici, quand on entend les allégations entourant l’industrie de génie-conseil et de la construction, qui doit-on blâmer? L’entrepreneur qui donne, ou le fonctionnaire ou politicien qui exige, et/ou reçoit?

Bref, si on veut un jour vaincre ce cancer, c’est aux règles du jeu qu’il faut s’attaquer. Les règles de lobbying, le financement des partis, oui. Mais aussi, le rôle de l’État dans l’économie. Je ne suis pas convaincu que c’est en donnant encore plus de pouvoir aux politiciens ou aux fonctionnaires, ou en leur permettant de dépenser encore plus d’« argent des autres », qu’on va régler quoi que ce soit.

 

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