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L’université ou la vie?

- 14 février 2011
(Publié dans l'édition de mardi du journal 24H)

Vous vous êtes sûrement déjà posé la question : est-ce que je perds mon temps (et mon argent) à l’université?

James Altucher pense que oui. Cet auteur américain, gestionnaire de fonds chez Formula Capital, se fait lancer des tomates quand il répète qu’envoyer ses enfants à l’université est une mauvaise idée.

Son raisonnement : d’abord, l’université coûte trop cher. Aux États-Unis, le coût d’admission explose depuis quelques années. La dette moyenne d’un finissant a presque doublé depuis 1990, et atteint aujourd’hui 24 000 $. Même en tenant compte du meilleur salaire que procurera le diplôme, c’est plus payant, sur un horizon de 50 ans, de placer 100 000 $ — le coût moyen d’un diplôme — à un taux de 5 % que d’aller à l’université, calcule Altucher.

(Surtout si on n’y apprend rien. Une récente étude affirme que 36 % des étudiants américains n’apprennent « presque rien » après quatre ans d’université. Probablement parce que certains passent plus de temps à fêter qu’à étudier…)

Plus important encore : l’école de la vie enrichit et forme beaucoup mieux que l’université, dit Altucher. Sur son blogue, il propose quelques « programmes » qui vous enseigneront ce que l’université ne pourra jamais. En voici cinq :

1— Démarrez une entreprise. Vous apprendrez à bâtir et exécuter une idée, et à « manger ce que vous chassez ».

2— Voyagez. Vous apprendrez que vous n’êtes pas le centre de l’univers.

3— Maîtrisez un art. (peinture, instrument de musique, etc.) Vous apprendrez que la créativité est un muscle qui ne grossit qu’avec une grande dose de discipline.

4— Devenez humoriste. Vous apprendrez à communiquer, à vous vendre, à gérer les insultes et les échecs quotidiens.

5— Travaillez pour un organisme de charité. Qu’est-ce qui vous servira le plus? Suivre le cours Littérature française 101, ou servir des repas pendant un an à des personnes âgées atteintes d’Alzheimer?

Apportons un bémol au point de vue irrévérencieux d’Altucher. Aux États-Unis, le taux de chômage des détenteurs d’une formation universitaire est d’environ 4 %, comparativement à 15 % pour ceux qui n’en possèdent pas (bien que le lien de cause à effet ne soit pas si clair).

Un compromis possible : de 18 à 20 ans, faites autre chose, conseille Altucher. Ensuite, allez à l’université. Cela aura aussi l’avantage de vous éviter un regret ou deux quand vous serez étendu sur votre lit de mort.

Droits de scolarité : aidons ceux qui en ont besoin

- 6 décembre 2010

Moi qui pensais que les associations étudiantes étaient de gauche. Les voilà qui sortent dans la rue pour défendre les privilèges des riches…

Un peu de contexte : le gouvernement a gelé les frais de scolarité entre 1995 et 2007. L’inflation a augmenté d’environ 19 % pendant cette période. En termes réels, les droits de scolarité ont donc diminué.

Depuis 2006-2007, ces droits ont augmenté de 50 $ par session. Et comme le soulignent avec raison les associations étudiantes, les frais « accessoires » (frais technologiques, frais de gestion, etc.) ont grimpé ces dernières années, et alourdissent la facture.

Mais le problème demeure : nos universités ont besoin d’environ 600 millions $ de plus par année pour boucler leur budget et demeurer concurrentielles.

Quelques faits

— Un étudiant universitaire québécois paye en moyenne deux fois moins cher ses droits de scolarité que ses collègues du reste du Canada.

— Il est faux de croire que hausser les droits de scolarité réduit l’accessibilité aux études supérieures. Malgré les droits les plus bas, le Québec affiche un taux de participation aux études universitaires semblable à la moyenne canadienne. La Nouvelle-Écosse et l’Ontario facturent aux étudiants des droits de scolarité plus élevés, et ont tout de même un taux de fréquentation universitaire plus élevé que nous.

— Bon an mal an, deux étudiants universitaires sur trois viennent de familles aisées. Le gel des droits de scolarité est donc en grande partie un cadeau que l’on fait aux mieux nantis.

Faisons payer les riches!

Une hausse des frais de scolarité apparaît inévitable. Et elle peut se faire sans pénaliser les étudiants moins nantis. La solution est simple : qu’on hausse les frais de ceux qui ont les moyens de payer, pour ensuite bonifier l’aide à ceux qui ne l’ont pas.

Aussi, permettre aux universités de moduler les frais de scolarité selon les programmes d’études. En ce moment, les frais sont les mêmes peu importe le programme. Or selon une étude du CIRANO, former un étudiant en santé coûte trois fois plus cher aux contribuables que de former un étudiant en sciences sociales. Un étudiant en lettres paie 42 % des coûts de sa formation. L’étudiant en médecine dentaire, lui, paie seulement 7 %.

Et une fois sur le marché du travail, le remboursement des prêts étudiants pourrait être proportionnel aux revenus gagnés par les diplômés. Quarante ans après son bac, l’étudiant en lettres aura accumulé 206 000 $ de plus, après impôt, que s’il avait arrêté ses études après son DEC. Pour le dentiste, ce sera 1,7 million. Présentement, les deux étudiants payent la même chose pour leur formation.

La pensée magique, ça coûte cher

Les universités doivent aussi faire leur part, en gérant les fonds publics avec rigueur. Les associations étudiantes aussi. J’étais en maîtrise à l’Université de Montréal il y a pas si longtemps. Je me souviens que la panoplie d’associations étudiantes qui me « représentaient » me coûtait un bras chaque session. Encore plus que le dégel de 50 $ des droits de scolarité. Mon obstacle à l’accessibilité des études, c’était plutôt eux!

Tout le monde est pour l’accès à l’éducation. Et tout le monde s’accorde pour dire que les retombées – sur le plan personnel comme pour l’ensemble de la société – sont énormes. L’idée n’est pas de moins aider les étudiants, mais de mieux les aider.

Rappelons-nous que tout ceci est le résultat de nos « choix de société ». Au Québec on préfère syndiquer et subventionner tout ce qui bouge. La pensée magique, ça finit par coûter cher.

Dans ce contexte, les étudiants doivent se poser une question : l’accès pour tous à l’université, oui. Mais dans 15-20 ans, quelle université? Une sous financée, incapable d’attirer les meilleurs professeurs, et offrant des diplômes de moindre valeur?