Archives pour janvier 2012

Au diable l’austérité!

- 31 janvier 2012

Stephen Harper va-t-il nous plonger en récession avec la cure minceur qu’il veut faire subir au gouvernement fédéral?

C’est un peu la question que posait le professeur Stephen Gordon sur le site du Globe and Mail mardi. Est-ce le bon moment de couper les dépenses et le nombre de fonctionnaires (Harper parle de 10 %), bref, de s’imposer l’austérité?

Quand l’État réduit ses dépenses, ça ralentit l’économie à court terme. Le danger : le Canada montre déjà des signes d’essoufflement. La situation en Europe peut exploser d’un moment à l’autre, et la banque du Canada écrase déjà les taux d’intérêt au plancher. En cas de récession, elle ne pourra stimuler la consommation davantage.

Les opposants à l’austérité montrent en exemple les pays d’Europe, notamment l’Angleterre. Selon eux, si l’économie de ces pays s’enlise, c’est justement à cause des plans d’austérité imposés par leurs gouvernements.

Jamais le bon moment

En effet, le timing est loin d’être idéal. Mais dites-moi : ce sera quand, le bon moment?

C’est facile de dénoncer les coupures quand ça va mal. Mais j’entends rarement ces mêmes personnes suggérer de sortir la hache quand ça va bien. Pour les partisans de l’État obèse et de la dette infinie, ce n’est jamais le bon moment de couper.

Prenez le Québec. Même dans les années de forte croissance (quand la Caisse de dépôt générait des rendements de 14 %), la dette a continué de grossir. Pourquoi? Parce que nous avons un problème d’endettement compulsif. L’État s’endette pour payer l’épicerie. Pour payer les programmes sociaux, les fonctionnaires et les fonds de pension qui viennent avec. Pour nourrir la machine, et notre troupeau de vaches sacrées. Nous sommes passés de près de 0 $ de dette au tournant des années 1970, à 240 milliards $ aujourd’hui.

L’austérité? Ce n’est jamais pour nous.

Crier au loup

Ça fait plusieurs années que j’écris sur la dette. Mon point de vue a toujours été le même : la dette est gérable à court terme, mais le danger approche. C’est maintenant qu’il faut agir, avant qu’il ne soit trop tard.

Comme j’écrivais il y a deux ans, si on ne corrige pas tout de suite ce problème d’endettement compulsif, la dette deviendra ingérable. Plusieurs dangers nous guettent dans les années à venir : l’inévitable hausse des taux d’intérêt augmentera le service de la dette – qui nous coûte déjà près de 10 cents sur chaque dollar d’impôt. La crise économique va se poursuivre, peut-être empirer. Le vieillissement de la population frappera le Québec plus durement que les autres provinces. Nos systèmes de santé et de retraite vont craquer, au moment où nous aurons moins de travailleurs pour les financer.

Et que me répond-on habituellement? Que je crie au loup.

Il y avait sûrement des gens qui criaient au loup en Grèce, en Italie ou au Portugal il y a quelques années. Au Canada aussi. Leur message était simple et aurait dû se faire entendre : c’est lorsque ça va bien qu’il faut s’attaquer à la dette et au budget. Afin de se donner une marge de manÅ“uvre pour les jours de tempête. Parce que sinon, on se retrouve pris pour subir l’austérité au pire moment : quand ça va mal. Et on finit tous dans la rue, très en colère.

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

 

 

Changeons de recette

- 29 janvier 2012

Pendant que Jean Charest et Sam Hamad font la tournée des cocktails party à Davos, en Suisse, Montréal perd encore 700 emplois. Cette fois c’est l’usine d’électroménagers Mabe Canada, dans l’Est de la ville.

Au Québec, on parle beaucoup du Plan Nord. Mais faudrait aussi jeter un Å“il sur ce qui se passe au sud. À Montréal, le taux de chômage dépasse 10 %. Les routes défoncent, les ponts craquent et les automobilistes ragent à travers les cônes orange. Et surtout, le secteur manufacturier agonise. Rappelons que Montréal, à elle seule, traîne l’économie québécoise plus que tout le vaste espace qui l’entoure.

Et au rythme où les annonces de fermeture se succèdent, gageons que la saignée va se poursuivre.

Acharnement étatique

Mais ne comptez pas sur nos génies de politiciens pour régler le problème. Encore moins pour proposer de nouvelles solutions.

À l’annonce de la fermeture prochaine de l’usine Mabe, Pauline Marois, en politicienne prévisible, a déchiré son chemisier (façon de parler). C’est la faute aux libéraux! Le gouvernement Charest n’est pas assez « proactif », a-t-elle dit. Les Américains eux, n’hésitent pas à donner aux entreprises des « avantages » (lire : subventions). Il faudrait en faire plus!

Comme si on n’en donnait pas assez! Mme Marois devrait lire mon collègue Pierre Duhamel. Il rapportait récemment que Québec, Ottawa et les municipalités ont versé 7,7 milliards $ en subventions et transferts aux entreprises québécoises en 2009. Les subventions ont presque doublé depuis 2000! Nous en donnons presque trois fois plus qu’en Ontario.

Nous donnons aussi des centaines de millions en crédits d’impôt au Fonds de solidarité de la FTQ, à celui de la CSN, et au fond coopératif Desjardins, pour ne nommer que ceux-là. Des fonds qui doivent, théoriquement, aider les entreprises d’ici.

Tout ça pour quoi? Les entreprises plient bagage l’une après l’autre, et notre taux de chômage dépasse celui du reste du pays! Bien sûr, ça crée des emplois… pour les fonctionnaires qui gèrent tous ces programmes.

Et Mme Marois voudrait qu’on verse encore plus de nos impôts dans cette stratégie?

Place aux entrepreneurs!

La chef du Parti québécois n’a-t-elle pas entendu son porte-parole des Finances, Nicolas Marceau, qui propose d’éliminer les subventions aux entreprises pour les remplacer par des baisses d’impôts? Ce serait le meilleur moyen d’attirer les investissements, dit ce professeur d’économie.

Car rien ne sert de se casser le coco pour essayer de garder ici des emplois que les Mexicains ou Chinois peuvent concurrencer. Ce qu’il faut se demander, c’est comment en créer de nouveau. Comment créer des produits novateurs (autant dans les secteurs « manuels » que du savoir) pour les consommateurs de demain. Et avec lesquels les pays émergents ne pourront rivaliser. Miser sur nos ressources, aussi.

Pour ça, le gouvernement doit mettre en place les conditions pour permettre aux entrepreneurs de ce qu’ils font de mieux : créer, innover. Sans avoir à nager des heures dans la paperasse, ou craindre de voir débarquer les matamores de Revenu Québec. Ça veut aussi dire pour le gouvernement de dépenser moins, et mieux. Maintenir des infrastructures de qualité, faire le ménage dans l’éducation, réglementer de façon souple et intelligente. Et arrêter d’asphyxier les consommateurs et les entreprises avec de nouvelles taxes.

Bref, qu’il se tasse du chemin. Au lieu de faire plus de ce qui ne marche pas.

 

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

Au parc jurassique

- 26 janvier 2012

Début d’année tout à fait normal au Québec. Cette société distincte qui ne reconnaît pas le concept de crise économique.

Le patron de l’Agence métropolitaine de transport, Joël Gauthier, a décidé de quitter ses fonctions. Le train de l’Est, c’était sa responsabilité. Le projet va coûter deux fois plus que prévu. Aucun problème! On va donner à M. Gauthier une prime de départ de 115 000 $. Le temps de le recaser ailleurs dans la fonction publique, j’imagine.

Ce n’est pas sa faute si ce fiasco va coûter 400 millions $ de plus. Ce n’est jamais de la faute à personne au gouvernement. En fait, c’est probablement votre faute, contribuables. En tous cas, c’est vous qui allez payer.

Direction Ville de Montréal. Le nouveau directeur général, Guy Hébert, va gagner un salaire de 300 000 $. C’est plus que Stephen Harper, et presque autant qu’Obama. Mais c’est justifié. Le talent, ça se paye. Son prédécesseur gagnait encore plus, et voyez comment Montréal est bien gérée aujourd’hui! De toute façon, on assomme les Montréalais avec des hausses de taxes depuis trois ans. Faut bien dépenser cet argent quelque part. « J’aurais même pu demander un peu plus », a dit M. Hébert. Il ne l’a pas fait. On appelle ça se sacrifier pour le bien commun. Bravo!

Payez, cochons!

Petit détour à la Société de Transport de Montréal (STM). Cette entreprise très lean, qui gagne des concours de beauté à travers le monde. La STM vient d’accoucher d’une idée tout à fait originale pour grossir encore plus : taxer les autres! Avec des péages, ou d’autres taxes sur l’essence, ou les deux! Fallait y penser. Ces gens-là (les cadres) ont vu grimper leur masse salariale de 17 % l’an dernier. Ce n’est pas pour rien. Ça prend des vrais leaders pour décider de hausser le tarif aux usagers chaque année ou presque, trois fois plus vite que l’inflation.

Vous préféreriez que les gens de la STM gèrent mieux les subventions qu’ils reçoivent? Qu’ils sacrifient une partie de leurs généreux salaires et avantages sociaux? Allons donc! Il vous reste encore quelques sous au fond de vos poches, on le sait.

Avant que j’oublie… Récession ou pas, les subventions aux entreprises continuent d’augmenter. Comme le nombre de cadres dans les réseaux de la santé et de l’éducation (pendant que nos profs et infirmières ramassent des miettes). Mais n’ayez crainte. On a envoyé une femme de Repentigny en prison parce qu’elle a remis ses livres en retard à la bibliothèque. Je le sens, l’ère du laxisme tire à sa fin.

Du talent

Vous avez l’impression de payer toujours plus cher, pour des services toujours plus médiocres? C’est dans votre tête. Voyez ça de manière positive : nous avons une bureaucratie et des intermédiaires qui possèdent une habileté hors du commun à capter au passage l’argent de vos impôts avant qu’elles n’arrivent à ceux qui en ont besoin. Notre talent rendrait jaloux les joueurs défensifs des Patriots et des Giants, qui s’en vont au Superbowl. Ici, on intercepte toujours le ballon avant qu’il atterrisse dans les mains du citoyen visé.

Je sais, la crise économique sévit. Dans le privé, les emplois se perdent à coups de milliers. Vous vous serrez la ceinture, et payez de plus en plus de taxes. Mais c’est normal. De cette façon, vous fournissez aux élites éclairées le confort nécessaire pour nous guider à travers cette tempête.

Il faut continuer de voir grand, dans notre parc jurassique québécois. Où nos scientifiques aux commandes ont complètement perdu le contrôle des monstres qu’ils ont créés.

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

Atterrissage forcé

- 24 janvier 2012

Si vous doutiez encore de l’existence d’une bulle immobilière au Canada, l’étude publiée dimanche par la firme américaine Demographia pourrait vous en convaincre. Quelques faits saillants :

— le marché immobilier au Canada est aujourd’hui considéré inabordable, après avoir été un des plus abordables au début des années 2000.

— Dans l’épicentre de la bulle, À Vancouver, le prix médian d’une maison dépasse de 10 fois le revenu brut d’un ménage. (C’est le multiple qu’utilise l’étude pour mesurer l’accessibilité — un marché « abordable » a un multiple de 3). À près d’un million de dollars la maison en moyenne, Vancouver est la deuxième ville anglophone la plus chère derrière Hong Kong, sur un échantillon de 325 villes.

— La surchauffe atteint aussi Montréal. L’île a vu son multiple grimper de 60 % depuis 2004, pour atteindre aujourd’hui 5,1. Bonne chance pour y trouver une maison décente en bas de 300 000 $! Montréal se trouve maintenant dans le top 6 des marchés « sévèrement inabordables » au Canada, avec Toronto et quatre villes en Colombie-Britannique.

Un autre tour de vis

Le prix médian des maisons a plus que doublé en 10 ans au Québec, selon la Fédération des chambres immobilières du Québec. Pendant ça, l’inflation officielle augmentait d’à peine 20 %. Et surtout, le revenu des ménages augmentait de seulement 33 %, selon Desjardins. L’envolée des prix immobiliers est directement liée à notre endettement record — qui vient d’atteindre 153 % du revenu disponible au Canada.

Voilà pourquoi on entend Mark Carney, le patron de la Banque centrale, interpeller le gouvernement presque tous les mois pour qu’il calme le marché.

Justement, le ministre Jim Flaherty pourrait bientôt serrer la vis de nouveau aux acheteurs de maisons. Selon l’économiste Carlos Leitao, Flaherty souhaiterait faire passer la mise de fonds minimale de 5 à 7,5 %, et réduire de 30 à 25 ans la durée maximale d’une hypothèque pour les premiers acheteurs.

On se rappellera qu’à pareille date l’an dernier, Jim Flaherty avait réduit la durée des hypothèques de 35 à 30 ans, et introduit des règles plus strictes pour le refinancement hypothécaire.

À deux, c’est mieux

Mais ce qui enflamme surtout l’immobilier, ce sont les bas taux d’intérêt de la Banque du Canada. Et Mark Carney le sait bien. Il sait aussi que si ces taux grimpent, des milliers de Canadiens vont perdre leur maison. L’économie va replonger en récession, et les banques vont perdre beaucoup d’argent.   

En voulant éviter une récession au pays, la Banque du Canada s’est peinturée dans le coin. Si elle monte les taux, l’économie rechute. Si elle attend trop avant de les remonter, la bulle immobilière va continuer de gonfler, et la chute sera encore plus brutale.

C’est pourquoi Mark Carney demande à son collègue Flaherty de restreindre l’accès au crédit. Mais un jour, il faudra bien les remonter, ces taux d’intérêt. Les deux hommes devraient peut-être se parler, et accoucher d’une stratégie commune. Qui impliquerait à la fois une hausse graduelle des taux d’intérêt, et un couvercle sur le crédit facile.

Qui sait? La fenêtre pour un atterrissage en douceur est peut-être toujours là. Mais elle se ferme un peu plus chaque jour.

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

La révolution

- 22 janvier 2012

Ça a duré 80 ans. Vous aviez un emploi, on vous disait quoi faire, vous preniez ensuite votre retraite. C’est fini tout ça.

Pour plusieurs, cette récession sera éternelle. Le modèle industriel se meurt à nos pieds. Le temps où vous pouviez faire un travail moyen et gagner une bonne paye, c’est fini. Vous êtes un travailleur « moyen »? Vous êtes dans le trouble. Parce que quelqu’un, quelque part, peut faire votre travail pour beaucoup moins.

C’est le gourou du marketing Seth Godin qui déballait cette joyeuse théorie il y a quelques jours. Devant l’animateur George Stroumboulopoulos, sur les ondes de CBC (via Business Insider). Je l’écoutais, et je pensais à l’usine de Rio Tinto à Alma. Aux papetières. À Electrolux. Aux milliers d’emplois qu’on perd en ce moment au Québec.

Et à l’avenir.

Pour éviter de glisser sur un serpent (vers la pauvreté), il faudra changer de mentalité, dit Godin. Offrir un produit unique, foncer, se vendre. Seul problème : nos écoles, notre système d’impôts, de retraite… Tout est bâti autour du mantra : « contente-toi de faire ce qu’on te dit, et l’État (ou la compagnie) va prendre soin de toi. » Nous ne sommes pas du tout préparés pour ce qui vient.

Courir vers le haut

Les entreprises participent à une « course vers le bas ». Elles veulent produire au moindre coût possible. Grâce à la mondialisation, si elles peuvent économiser quelques sous en sous-traitant votre emploi à un Indien, elles le feront.

Votre job à vous, dit Godin, c’est de participer à la « course vers le haut ». Au lieu d’attendre que quelqu’un vous embauche ou vous dise quoi faire, vous devez prendre votre carrière en mains. Trouvez une façon d’offrir quelque chose d’unique, de valeur. Si vous le faites, le succès vous attend. Les gens vont vous trouver — grâce entre autres aux nouvelles technologies, à Internet — et vous payer cher. Salarié? Peu importe votre employeur, assurez-vous que votre boulot vous permette de vous développer. Au lieu de vous rendre inemployable ailleurs.

« Les gens grandissent avec l’idée que s’ils paient leurs impôts et font simplement ce qu’on leur dit de faire, un filet de sûreté ou une pension les attendra. Aujourd’hui, tout ça s’écroule », dit Godin.

Stabilité? Oubliez ça! 

Théorie à deux sous d’un vendeur de livres en série? Fast-food intellectuel? Possible. Reste que Godin expose une réalité dérangeante : la stabilité, la permanence et le « filet social » sont de plus en plus des rêves de boomers. La viabilité des promesses de retraite et des programmes sociaux actuels reposent en grande partie sur la notion magique d’endettement perpétuel. Nos enfants — et les plus jeunes d’entre nous — devront peut-être apprendre à s’en passer.

Ce n’est pas un plaidoyer pour le cheap labour. C’est un aperçu du futur, version Godin. Un heads up! Et je crains que Godin ait raison. Qu’on aime ou pas, le système auquel nous sommes habitués est en train de virer tranquillement à l’envers.

Le problème : tout le monde n’est pas un entrepreneur. Une majorité de gens se contenteront toujours d’aller à l’usine, faire leur boulot, et puncher à cinq heures. D’ailleurs plusieurs entreprises préfèrent encore ce type de travailleurs, qui ne fait pas de vague.

Bien sûr, dit Godin. Quelqu’un devra toujours faire ce genre de boulot. Mais ça n’a pas à être vous…

Tout ça n’arrivera pas demain matin. Et le gourou peut se tromper. Mais supposons qu’il voie juste. C’est tout un changement de mentalité qui nous attend.

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

 

Les gras dur

- 19 janvier 2012

Si vous pensez que les fonctionnaires font la belle vie avec leurs régimes de retraite blindés, vous n’avez rien vu. Vous voulez déchirer votre chemise de contribuable? Jetez un oeil aux pensions versées aux députés fédéraux à Ottawa.

C’est ce qu’a fait la Fédération canadienne des contribuables (CTF). Et les chiffres qu’elle expose font sursauter, pour rester poli.

Imaginez : pour chaque dollar qu’un député fédéral contribue à son fonds de retraite, les contribuables canadiens en fournissent… 23!

Selon la CTF, les payeurs d’impôts ont versé l’an dernier 248 000 $ dans le régime de retraite de chacun des députés. C’est plus que le salaire annuel de ces derniers (environ 157 000 $), et beaucoup plus que la contribution de chacun, soit un minimum de 10 990 $.

Vos REER ont subi une raclée en 2008? Le régime de retraite des députés, lui, a fait 10,4 % de rendement. Pourquoi? Parce que nos élus ont décidé que, peu importe le rendement de la bourse, leur régime de retraite allait générer chaque année un rendement de 10,4 %. Garanti par les contribuables!

Des exemples

Le premier ministre Stephen Harper sera éligible à une pension d’au moins 223 500 $ par année d’ici 2015. S’il vit jusqu’à 80 ans, cela équivaudra à un magot de 5,5 millions $, estime la CTF.

Bon, c’est le premier ministre, direz-vous. Il le mérite peut-être. OK. Qu’en est-il alors de Pierre-Luc Dusseault? Vous ne le connaissez pas? Mon non plus. C’est un député fraîchement élu sous la bannière du NPD, dans Sherbrooke. À 19 ans. Et je parie qu’en ce moment, il travaille très fort pour ses concitoyens. Car s’il réussit à se faire réélire aux prochaines élections, il gagne le gros lot. Il sera éligible à une rente annuelle de 40 000 $ par année — pour un total de plus d’un million $ s’il finit ses jours à 80 ans. Tout ça en se retirant à 27 ans…

Rappelons que les députés sont éligibles à leurs paiements à partir de l’âge de 55 ans, s’ils cumulent un minimum de six ans de services.

Côté ironie : les Anglos aiment bien souligner le cas de Gilles Duceppe. L’ex-chef du Bloc a consacré sa carrière à tenter de « détruire le Canada », disent-ils. Or Duceppe profitera d’une belle pension de 140 000 $ par année, gracieuseté des contribuables canadiens…

Le haut de la pyramide

Oui oui, je sais… tout ça est normal puisque les politiciens ont beaucoup de misère à trouver des boulots après la politique. Demandez à Nathalie Normandeau ou à Philippe Couillard, ils vous le diront. Ou à la horde d’ex-députés devenus lobbyistes ou conseillers spéciaux pour des firmes privées…

Nous avons un sacré problème de régime de retraite au pays — l’institut CD Howe estime le passif du régime de retraite des employés fédéraux à plus de 200 milliards $. Pour le régler, le leadership doit venir d’en haut de la pyramide. Avant de s’en prendre aux fonctionnaires, ou d’exiger de nouveaux efforts des contribuables — dont le deux tiers n’ont pas de régime de retraite —, nos élus devraient donner l’exemple et commencer le ménage en haut. Dans la cour des gras dur. Leur cour.

Reporter l’âge d’admissibilité à leur pension à, disons, 62 ou 65 ans, serait la moindre des choses. Et juste un début.

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

 

Faire plus avec moins

- 17 janvier 2012

Oubliez la Chine ou l’Inde. Le cheap labour est désormais à 7-8 heures de route en voiture.

Une usine d’assemblage du fabricant de machinerie Caterpillar à London, Ontario, menace de déménager. La direction veut réduire les salaires et avantages de ses employés d’environ de moitié. Pourquoi? Parce qu’ailleurs, c’est ce qu’elle paye. Mais ailleurs, ce n’est pas en Chine ou au Mexique. C’est en Indiana, aux États-Unis…

Imaginez : depuis le début de la crise, la productivité des entreprises américaines a augmenté trois fois plus vite que celle des entreprises canadiennes! Depuis 2000, les coûts de main-d’Å“uvre par unité de production manufacturière y ont diminué de 13 %, rapportait récemment le Wall Street Journal. Alors qu’au Canada, ces coûts ont augmenté de 18 %.

Ajoutez à cela l’appréciation du dollar canadien — aujourd’hui à parité, il était de 65 cents US il y a à peine 10 ans —, qui rend les produits de nos exportateurs relativement plus chers que ceux de leurs concurrents. On comprend alors pourquoi des entreprises déménagent au sud de la frontière.

Renaissance, made in USA

Le Boston Consulting Group prédit que d’ici cinq ans, les États-Unis vivront une « renaissance manufacturière ». Les coûts de main-d’Å“uvre y diminuent, alors que ceux de la Chine et des pays émergents augmentent rapidement. De plus, les États et villes américaines se surpassent en offrant aux multinationales des subventions plus indécentes les unes que les autres. Pour les entreprises qui veulent s’y implanter, c’est le gros lot : accès à des travailleurs qualifiés, des technologies de pointe et des infrastructures modernes, pour un coût de plus en plus bas.

Est-ce une bonne nouvelle pour les Américains? Pour les PDG, peut-être. Eux qui n’ont jamais autant gagné d’argent. Mais pour les travailleurs, pas sûr. Le nivellement par le bas des salaires n’a rien de réjouissant. C’est d’ailleurs une raison pourquoi cette « renaissance manufacturière » est possible : les syndicats aux États-Unis, déjà en déclin, deviennent de plus en plus « flexibles » face aux demandes patronales. Pour eux, le choix est simple : perdre des avantages, ou perdre son boulot.

Ça s’en vient ici…

White Birch, Rio Tinto ou Electrolux sont des exemples d’un phénomène qui commence à frapper ici aussi. Je ne dis pas que c’est une bonne chose, loin de là. Mais quelqu’un possède une solution miracle? Dans le domaine du possible, soulignons qu’il n’y a pas que les salaires dans l’équation. Les entreprises canadiennes pourraient, par exemple, profiter du dollar fort pour investir dans des équipements à la fine pointe de la technologie. Afin d’augmenter leur productivité. Les gouvernements aussi peuvent aider. Non pas en distribuant des subventions à tout vent, mais en contrôlant leurs dépenses. Afin d’éviter d’avoir à imposer de nouvelles taxes aux entreprises et aux consommateurs dans le futur.

Pendant la crise, les Américains ont appris à faire plus avec moins. Pas nous. Si on veut éviter à nos travailleurs — syndiqués ou pas — un nivellement pas le bas, il faudra se rattraper quelque part.

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

 

 

Le monde à l’envers

- 15 janvier 2012

On varlope souvent les politiciens sur cette tribune. Mais quand l’un d’eux fait un bon coup, je veux le souligner. Le député péquiste Nicolas Marceau, qui m’a brièvement enseigné l’économie à l’UQAM, y est allé d’une envolée assez surprenante jeudi dernier.

Québec devrait arrêter de donner des milliards en subventions aux entreprises, a-t-il dit. Et à la place, devrait baisser leurs impôts. « Présentement, on donne plusieurs milliards de dollars par année en aide directe aux entreprises. Mais de toute évidence, cette stratégie ne fonctionne pas [...] En baissant les impôts des entreprises, ça leur donne plus de marge de manœuvre pour investir. »

Fini les chouchous!

Bien d’accord avec mon ex-prof! J’étais peut-être nul en algèbre à l’université, mais je comprends une chose : le premier avantage de couper dans les subventions — tout en diminuant les impôts du même montant —, c’est que TOUTES les entreprises en profitent. Autant GM que Gérard Suspensions. Fini, le favoritisme. Ça étoufferait du coup l’influence des lobbyistes, que seules les grandes entreprises peuvent se payer. Et ça nous épargnerait les scènes de coupages de ruban, où les politiciens tentent d’acheter des votes avec votre argent.

Surtout qu’en ce moment, le système profite savant tout aux multinationales. (D’ailleurs, avez-vous remarqué qu’on entend rarement les syndicats implantés dans les grandes entreprises, comme Bombardier ou Pratt & Whitney, critiquer les subventions aux entreprises?) La grande majorité des PME québécoises ne reçoivent aucune subvention. Elles n’en demandent même pas! Le processus coûte trop cher en temps et argent, pour le peu qu’elles reçoivent.

Mais des taxes, elles en payent. Nos petites entreprises d’informatique, de fabrication, ou d’équipements de toute sorte allongent beaucoup plus de taxes salariales (cotisations d’assurance parentale, CSST, RRQ, etc.) que leurs concurrents ailleurs au Canada. Des baisses d’impôts les rendraient plus compétitives, et encourageraient des entrepreneurs à se lancer en affaires.

Couper une partie des subventions nous ferait aussi épargner. Notamment sur les coûts administratifs. Pensez aux centaines de fonctionnaires qui doivent gérer la galaxie d’organismes qui se spécialisent dans l’« assistance sociale » corporative.

Quelle époque!

Selon Nicolas Marceau, ce serait une bonne façon de relancer l’économie. « Le Québec n’attire que 13 % des investissements privés au Canada, alors que la population québécoise représente près de 23,5 % des citoyens du pays », dit-il. « Depuis deux ans, il y a davantage d’investissements publics que d’investissements privés dans la province. C’est une situation absolument insoutenable ».

Amusant, quand même. M. Marceau est porte-parole du PQ. Un parti de gauche, reconnu pour son amour de l’interventionnisme et sa foi inébranlable en la sagesse des bureaucrates. Et cette mesure, c’est de la droite. Notamment parce qu’elle arracherait le pouvoir des mains des bureaucrates et des politiciens. Et laisserait le marché décider, sur une surface de jeu égale pour tous, qui mérite d’être le prochain « fleuron » de l’économie.

Et pendant ce temps, les anciens de l’ADQ — supposément de droite — se bousculent pour une place sous le jupon de François Legault. Un type qui veut encore plus d’intervention de l’État dans l’économie. Plus de bureaucrates, qui concoctent plus de plans géniaux pour décider quelles entreprises deviendront nos futurs « champions »!

Après ça on se plaint que les électeurs québécois sont irrationnels, et tout mêlés…

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

 

 

Des carottes pour nos politiciens?

- 12 janvier 2012

Nos politiciens sont-ils tous des « vendus »? On s’en ficherait un peu que des péquistes ou adéquistes traversent la chambre pour sauver leur belle job à 100 000 $ et plus. Si au moins on en avait pour notre argent.

En cette ère de cynisme justifié, soyons iconoclastes un peu : pourquoi ne pas rémunérer les politiciens à la performance? C’est ce que proposait le professeur de l’ENAP Pierre Simard il y a un an (transparence : c’est un ami). Imaginez qu’une partie du salaire (qu’on augmenterait de beaucoup) dépende du respect des promesses électorales. Et de l’atteinte des objectifs budgétaires.

Le pouvoir ou l’argent?

« Nous allons réduire l’attente aux urgences! » Combien de fois l’a-t-on entendu celle-là? Traitez-moi de cynique, mais je commence à désespérer. S’il faut motiver financièrement nos politiciens pour améliorer les choses, ça vaut peut-être la peine d’essayer.

Avec les ponts qui tombent, le système de santé qui craque, les enveloppes brunes, la dette qui explose… je peux vous dire que la plupart des élus libéraux seraient pauvres avec un tel système!

Le professeur Theo Vermaelen de l’INSEAD, une des plus prestigieuses écoles de commerce, proposait un tel système dans le Wall Street Journal en 2010. Son raisonnement : les politiciens seront toujours cupides. Pour l’instant ce qui les motive, c’est le pouvoir. Avec des primes financières, on ne fait que changer la source de motivation. Et au moins, cette fois la cupidité les pousserait à bien gérer le budget de l’État. Alors que la soif du pouvoir encourage plutôt les dépenses sur le dos des générations futures.

Qui sait? Un politicien y penserait peut-être deux fois avant de donner des millions à une multinationale. Ou de faire des courbettes devant les demandes infinies des lobbys.

Pour éviter qu’un politicien gère à court terme, le professeur Vermaelen suggère de verser les primes seulement quelques années plus tard, en fonction des résultats. Et au cas où un finfinaud se dirait : « Bah! je n’ai qu’à monter les taxes pour équilibrer le budget, j’aurai mon boni! », on augmenterait les primes lorsque l’équilibre budgétaire provient davantage d’une baisse des dépenses que d’une hausse de taxe.

Oui, mais plusieurs politiciens arrivent au pouvoir déjà fortunés, direz-vous… Pas de problème, dit Vermaelen. Pour bien le motiver, le professeur obligerait le politicien à mettre la moitié de sa fortune personnelle en collatéral contre la portion de dettes publiques qui gonflera pendant son mandat!

Un cobaye?

Les libéraux avec Paul Martin aux finances ont réussi l’impossible dans les années 1990 : réduire les dépenses et la dette! C’était une promesse? Alors ça mérite un boni! Tout comme les programmes qui contribuent à notre mieux-être collectif ET qui sont gérés de façon responsable et efficace — il doit bien y en avoir!

Donner des carottes aux politiciens ne réglera pas tous nos malheurs. Reste qu’on a un sérieux problème de démocratie et de gestion des fonds publics en ce moment. Et ce serait naïf de croire que tout va se régler quand on va enfin mettre les « bonnes personnes » au pouvoir.

D’ailleurs je me demande si François Legault voudrait essayer ce système. Après tout, il veut payer les enseignants au mérite, non? Pourquoi ne pas commencer par lui-même?

 

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter

 

 

Les cowboys

- 10 janvier 2012

C’est le monde à l’envers! Un homme d’affaires accuse Revenu Québec de lui avoir volé de l’argent. D’habitude, c’est le contraire, non?

C’était dans nos pages, lundi. Robert Tremblay, propriétaire d’un immeuble dans le quartier Rosemont à Montréal, dénonce les « méthodes de matamore » de Revenu Québec. Cette dernière lui réclamait des recettes de vidéopoker présumément non déclarées. L’homme de 82 ans avait commencé à envoyer des chèques à Revenu Québec, mais l’agence a inscrit des hypothèques sur sa maison et son immeuble. M. Tremblay s’est retrouvé privé de sources de refinancement, et a dû s’enfoncer dans les dettes. En 5 ans, avec les intérêts et pénalités, son bill à Revenu Québec a gonflé de 53 000 $ à 300 000 $!

Des histoires comme celle-là, il en pleut depuis quelque temps. Fonctionnaires intransigeants, abus de pouvoir, méthodes « musclées » — voire douteuses — pour harceler des petits entrepreneurs en retard dans leur paiement de TPS/TVQ… Ou, comme le dévoilait récemment le Protecteur du citoyen, des saisies de comptes en banque jugés pourtant intouchables, ou même de la totalité du salaire du fautif!

Et c’est drôle, personne n’est redevable chez Revenu Québec. Aucune mesure disciplinaire aux employés concernés, notait le Protecteur du citoyen. Alors que vous et moi sommes déclarés coupables avant même d’être jugés…

Bonjour les dérapages!

La mentalité qui prévaut chez Revenu Québec est d’aller chercher le plus d’argent possible auprès de la population. Ils ont « le couteau entre les dents », racontait hier au Journal Louis Sirois, avocat-fiscaliste et ancien employé de Revenu Québec. Et si rien n’est fait, le « climat fiscal » va continuer à se détériorer, prévient-il.

Êtes-vous surpris? L’an dernier, on apprenait que Revenu Québec a des « quotas » à respecter. Des employés confiaient à TVA qu’ils doivent récupérer un minimum de 500 $ l’heure.

Le gouvernement cherche toujours plus de revenus pour financer son train de vie de pacha. Et tous les moyens sont bons. Jusqu’à motiver les employés de Revenu Québec en leur promettant des bonis. Ce faisant, on invite carrément les dérapages. Surtout que la situation ne peut qu’empirer, vu l’ineptie de l’État à contrôler ses dépenses. Si le budget continue de se détériorer, on va faire quoi? Casser des doigts?

On blague, mais il va falloir que le gouvernement mette au pas les cowboys dans ses rangs. Des fraudeurs, il y en a. Mais il y a aussi beaucoup des gens de bonne foi, pas toujours au fait des subtilités de la Loi sur l’impôt, expliquait hier M. Sirois.

« Surveillez-nous! »

« Regardez-nous aller », disait le ministre Raymond Bachand il y a deux ans. L’État va faire deux tiers des efforts pour revenir à l’équilibre budgétaire, disait-il. C’est donc ça, le fameux effort? Pendant que vous payez de plus en plus de taxes, l’État envoie Revenu Québec à vos trousses?

Car on cherche encore aujourd’hui les fameuses réductions de dépenses. Dépenses qui sont pourtant la source du problème. Tiens, on apprenait lundi que le nombre de cadres du réseau de la santé québécois et leurs salaires ont explosé ces dernières années. Il faut plus de cadres, pour gérer plus de cadres… Plus ça change, plus c’est pareil.

Le plus frustrant, c’est de voir qu’on s’acharne sur les PME et le petit peuple, pendant qu’on gave les multinationales de subventions. Et qu’on fait tout pour éviter d’avoir à pourchasser les gros joueurs de la corruption…

…

Pour s’abonner à mon fil Facebook: http://daviddescoteaux.com/facebook

Si vous préférez Twitter: http://daviddescoteaux.com/twitter